Les recettes des gérants pour faire face à la crise ukrainienne

bourse-paris-300x200

Le FIGARO BOURSE : Article publié le samedi 12 mars 2022 par Hervé ROUSSEAU

Ils réduisent leur exposition aux actions et privilégient les entreprises capables d’imposer leurs prix.
Analyse : Hervé ROUSSEAU

L’invasion de l’Ukraine a provoqué un véritable tsunami sur les marchés financiers. Dans les jours qui ont suivi, la Bourse de Paris a perdu plus de 12%. Lundi dernier, le CAC 40 a sombré sous les 6000 points, effaçant ainsi près d’un an de hausse. Cette semaine, l’indice phare de la Bourse de Paris est même brièvement entré en « bear market », c’est-à-dire qu’il affichait une baisse de plus de 20% par rapport à son record historique du 5 janvier dernier, où il s’était hissé à près de 7400 points.

Depuis, les marchés ont regagné un peu de terrain. Mercredi dernier, le CAC 40 s’est adjugé 7,13%. Ces rebonds techniques sont monnaie courante dans les périodes d’extrême tension. Les opérateurs profitent de la faiblesse des cours pour réaliser de bonnes affaires. Mais la nervosité est toujours à son comble et, dès jeudi le CAC 40 a re chuté pour repartir de l’avant vendredi. Après plus de deux semaines de conflit les investisseurs sont toujours à cran. L’indice de volatilité des marchés européens s’est approché de 60 points dans la semaine. En début d’année, il évoluait sous les 20 points.

Pour bon nombre de spécialistes, la guerre en Ukraine a fait bas culer les marchés dans une nouvelle ère, où les règles du jeu sont totalement bouleversées. C’est notamment la conviction de Didier Rabattu, responsable des gestions actions chez Lombard Odier IM. Pour ce spécialiste, avec l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières, « les marchés sont confrontés à un nouveau paradigme ».

Ils vont certainement de voir faire face à une période de stagflation avec à la fois une hausse des prix et une faible croissance économique.

Rebond de l’or

« La guerre en Ukraine a joué un rôle d’accélérateur pour des tendances déjà en place auparavant » analyse de son côté Frédéric Le roux, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac. « Après son formidable rebond de l’an dernier, l’économie mondiale était déjà en phase de décélération. Désormais, le ralentisse ment promet d’être plus brutal. » De même « l’inflation qui avait déjà fait son grand retour risque d’être plus résiliente que prévu », ajoute-t-il. Cette situation et les énormes in connues sur la suite des événements incitent les investisseurs à la prudence. « Dès le début de l’année 2022, compte tenu de la maturité du cycle boursier, nous avions réduit notre exposition aux actions », expliquent les gérants Dorval AM. « La crise ukrainienne nous a ensuite conduits à abaisser encore le niveau de risque dans les portefeuilles », ajoutent ces spécialistes.

Les gérants se sont également rués vers les traditionnelles valeurs refuges. Le dollar et le yen ont flambé. « C’est évidemment lié à la situation en Ukraine », constatent les analystes du Crédit Suisse. « La crise touche le cœur de l’Europe et les investisseurs internationaux dé laissent l’euro au profit des devises japonaise et américaine », ajoute un cambiste. Le billet vert dont le rendement est particulièrement attractif, est plébiscité. Depuis le début de la crise ukrainienne, il s’est apprécié de près de 10% face à l’euro.

L’or brille également de mille feux. Cette semaine, l’once de métal précieux a grimpé à plus de 2000 dollars. En à peine deux semaines, l’or s’est ainsi adjugé plus de 10%. Pour la « relique bar barre » « tous les clignotants sont au vert : risque géopolitique, inflation et hausse du cours des matières premières », avance un professionnel. Actif tangible, le métal jaune permet aussi de se protéger des fluctuations des marchés financiers.

La flambée des prix de l’énergie a mis un coup de projecteur sur la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles. Le baril de pétrole s’est envolé pour atteindre un pic à près de 140 dollars ces derniers jours. Et il reste perché à plus de 110 dollars. Les cours des nombreuses matières premières produites ou extraites en Russie (blé, palladium, titane, etc.) se sont en flammés. Pour Nicolas Descoqs, gérant chez Clartan Associés, « lorsque la tension géopolitique re tombera, les groupes pétroliers les mieux positionnés sur la transition énergétique pourraient sortir gagnants ».

Un univers dans lequel on retrouve des sociétés comme Total Energies, Shell, BP ou ENI. Ces sociétés avaient été largement délaissées par les investisseurs. Elles sont peu chères en Bourse et offrent de généreux rendement Elles sont aussi gorgées de cash et peuvent faire face aux importants investissements que nécessite la transition énergétique.

Pour bon nombre de spécialistes, avec le retour de l’inflation le thème du « pricing power » sera essentiel dans les prochains mois. Le principe ? Sélectionner des titres d’entreprises qui ont, sur leur marché, la maîtrise des prix de vente grâce à leur position dominante ou à la force de leur marque. Un univers qui rassemble aussi bien des spécialistes du luxe comme LVMH ou Hermès ou de grands. Groupes industriels, comme Arcelor Mittal ou Air liquide.

Privacy Preferences
When you visit our website, it may store information through your browser from specific services, usually in form of cookies. Here you can change your privacy preferences. Please note that blocking some types of cookies may impact your experience on our website and the services we offer.